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Par Amélie Kirch, Promotion É. Agostini (2024-2025).

Cet article est issu d’un travail de rédaction auquel sont soumis les étudiants du Master 2 – Droit du Vin et des Spiritueux de l’Université de Reims Champagne-Ardenne dans le cadre de leur Projet Professionnel Individuel (PPI). Dans un exercice de synthèse et de précision, ils sont amenés à rédiger un article en 500 mots, sur le sujet de leur choix. Après évaluation par le comité de rédaction de Jus Vini, certains ont l’opportunité de vous être partagés.

La viticulture biologique en Champagne progresse, mais non sans heurts. Fin 2023, 2 762 hectares étaient en bio ou en conversion, soit près de 8 % de l’aire d’appellation, pour plus de 630 exploitations1. Le mouvement est porté par une demande croissante des consommateurs et par un cadre législatif en mutation. Pourtant, sur le terrain comme en droit, le bio suscite débats et désillusions.

Un encadrement de plus en plus strict

Le législateur renforce son emprise sur les pratiques culturales et place les viticulteurs bio dans une logique de dépendance réglementaire accrue. La loi du 23 avril 20252 interdit, par principe, la pulvérisation aérienne de produits phytopharmaceutiques, tout en prévoyant des exceptions pour le biocontrôle, les produits à faible risque ou autorisés en bio. Certaines configurations de parcelles (pentes supérieures à 20 %, situations sanitaires exceptionnelles) bénéficient aussi de dérogations.

En parallèle, la réduction progressive des autorisations de mise sur le marché (AMM) de produits cupriques inquiète les viticulteurs bio, qui redoutent de perdre un outil essentiel contre le mildiou. Cette insécurité réglementaire pose une interrogation plus large : le droit favorise-t-il vraiment la transition écologique ou crée-t-il des obstacles pour ceux qui s’y engagent ?

Un arrêt du 21 août 20253 illustre ce dilemme. Une société de drones, condamnée en première instance après le traitement de vignes bio, a obtenu la suspension de l’exécution provisoire, la loi interdisant désormais ce type d’opération. Cet exemple met en lumière la précarité juridique qui entoure certaines pratiques du bio, dépendantes de normes mouvantes et parfois contradictoires. 

Les réalités du terrain

Les motivations des vignerons sont multiples : préserver la biodiversité, réduire les intrants, répondre à une demande exigeante. Mais la pratique révèle un paradoxe. Dans certains cas, les vignes bio nécessitent près de trente passages de tracteurs par an, contre une dizaine en conventionnel. La réglementation européenne interdit certains produits chimiques, mais elle ne fixe aucun seuil relatif à l’impact mécanique ou énergétique de la culture. Or, à force d’interventions, les sols se tassent, les ceps s’abîment et le bénéfice écologique peut s’estomper.

L’expérience coopérative illustre d’autres contraintes. Pour respecter les cahiers des charges, les raisins bio doivent être pressés séparément afin d’éviter toute contamination. Concrètement, lorsqu’un seul vigneron livre du bio dans une coopérative, il faut immobiliser un pressoir pendant plusieurs heures, ce qui peut retarder le pressurage. D’un point de vue œnologique, la qualité peut s’en ressentir. Le droit impose la séparation, mais il ne garantit pas les conditions matérielles optimales pour préserver le potentiel des raisins.

Vers une appellation d’origine durable ?

Le bio séduit sur le plan marketing : les bouteilles se vendent souvent plus cher. Mais certains consommateurs, informés de ces réalités, questionnent la véritable durabilité de ces pratiques. Dans la doctrine, a été proposée la création d’une Appellation d’origine durable (AOD)4, qui intégrerait non seulement des règles culturales, mais aussi des critères liés à l’empreinte écologique globale (sols, biodiversité, énergie). Ce serait une manière d’éviter qu’un bio « juridiquement pur » se révèle, in fine, écologiquement contestable.


1. ORAB Bio en Grand EST – AGENCE BIO, Organismes Certificateurs [disponible sur https://champagnesbiologiques.fr/wp-content/uploads/2025/07/Fiche-Chiffres-Bio-VITI_Champagne-2024.pdf (dernier accès le 1er octobre 2026)].

2. Loi n° 2025-365 du 23 avril 2025 visant à améliorer le traitement des maladies affectant les cultures végétales à l’aide d’aéronefs télépilotés (1).

3. Cour d’appel d’Aix-en-Provence, Chambre 1-11, 21 Août 2025, n° 25/00358.

4. R. Raffray, « Un jour, l’Appellation d’origine viticole durable (AOD) ? », RD rur. 2023, n° 11, repère 9.