{"id":4088,"date":"2025-12-17T16:34:49","date_gmt":"2025-12-17T14:34:49","guid":{"rendered":"https:\/\/www.wine-law.org\/?p=4088"},"modified":"2026-01-20T15:18:12","modified_gmt":"2026-01-20T13:18:12","slug":"compagnie-francaise-de-la-grande-chartreuse-c-le-cellier-des-chartreux-les-bonnes-moeurs-ont-elles-leur-place-en-droit-du-vin-et-des-spiritueux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.wine-law.org\/index.php\/compagnie-francaise-de-la-grande-chartreuse-c-le-cellier-des-chartreux-les-bonnes-moeurs-ont-elles-leur-place-en-droit-du-vin-et-des-spiritueux\/","title":{"rendered":"Compagnie fran\u00e7aise de la Grande Chartreuse c. Le Cellier des Chartreux \u2013 Les bonnes moeurs ont-elles leur place en droit du vin et des spiritueux ?"},"content":{"rendered":"<span class=\"rt-reading-time\" style=\"display: block;\"><span class=\"rt-label rt-prefix\">tdl<\/span> <span class=\"rt-time\">3<\/span> <span class=\"rt-label rt-postfix\">minutes<\/span><\/span>\n<h2 id=\"tribunal-judiciaire-de-marseille-5-septembre-2024-22-10782\">Tribunal judiciaire de Marseille, 5 septembre 2024, 22\/10782.<\/h2>\n\n\n\n<h2 id=\"par-ambroise-alemany-promotion-leon-douarche-2024-2025\">Par Ambroise Alemany, Promotion L\u00e9on Douarche (2024-2025).<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify has-medium-gray-color has-text-color\"><em>Cet article est issu d&rsquo;un travail de r\u00e9daction auquel sont soumis les \u00e9tudiants du Master 2 &#8211; Droit du Vin et des <\/em>S<em>piritueux de l\u2019Universit\u00e9 de Reims Champagne-Ardenne dans le cadre de leur Projet Professionnel Individuel (PPI). Dans un exercice de synth\u00e8se et de pr\u00e9cision, ils sont amen\u00e9s \u00e0 r\u00e9diger un article en 500 mots, sur le sujet de leur choix. Apr\u00e8s \u00e9valuation par le comit\u00e9 de r\u00e9daction de Jus Vini, certains ont l&rsquo;opportunit\u00e9 de vous \u00eatre partag\u00e9s.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Le 5 septembre 2024, le Tribunal Judiciaire de Marseille rend une d\u00e9cision qui peut pr\u00eater \u00e0 sourire. En effet, il interdit \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 Le Cellier des Chartreux d\u2019utiliser certains termes d\u00e9nigrant la religion chr\u00e9tienne. En int\u00e9grant le crit\u00e8re des bonnes m\u0153urs, le Tribunal de Marseille rend ici un jugement qui permet de s\u2019interroger sur la pr\u00e9sence de la morale en droit des marques d\u2019alcool. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Dans les faits, la Compagnie fran\u00e7aise de la Grande Chartreuse, titulaire de la c\u00e9l\u00e8bre marque de liqueur \u00ab Chartreuse \u00bb, a conclu en 2017 un accord avec Le Cellier des Chartreux. Dans cet accord, sont encadr\u00e9s l\u2019utilisation, par Le Cellier, du signe \u00ab Chartreux \u00bb : la Compagnie l\u2019autorise \u00e0 utiliser le terme de mani\u00e8re assez limit\u00e9e ; en contrepartie, Le Cellier s\u2019engage \u00e0 ne pas atteindre \u00e0 la religion chr\u00e9tienne et \u00e0 l\u2019Ordre des Chartreux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Or, depuis 2017, invoque la Compagnie, Le Cellier n\u2019a eu de cesse de porter atteinte, par des noms donn\u00e9s \u00e0 certaines cuv\u00e9es, \u00e0 la religion qui a donn\u00e9 naissance \u00e0 la c\u00e9l\u00e8bre liqueur. \u00ab Chamas\u00fbtra \u00bb ; \u00ab Je r\u00e9siste \u00e0 tout sauf \u00e0 la tentation \u00bb ; \u00ab Les Chartreux partent en live \u00bb \u2026 Le Cellier se d\u00e9fendra sur chaque point. Chamas\u00fbtra ? Le terme fait r\u00e9f\u00e9rence aux chats de la race des Chartreux. Les Chartreux partent en live ? La soci\u00e9t\u00e9 a mis en avant des visuels de chats Chartreux. Je r\u00e9siste \u00e0 tout sauf \u00e0 la tentation ? C\u2019est une marque de cuv\u00e9e d\u00e9pos\u00e9e valablement par Le Cellier, qui n\u2019a rien \u00e0 voir avec la Chartreuse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Le juge donnera finalement raison \u00e0 la Compagnie. Le tribunal applique d\u2019abord le droit des contrats, en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 l\u2019accord conclu entre les deux parties permettant l\u2019usage du mot Chartreuse \u00e0 certaines conditions. Dans un second temps, le juge reconna\u00eet la violation de l\u2019accord en interpr\u00e9tant les diff\u00e9rents noms de cuv\u00e9es utilis\u00e9s comme allant \u00e0 l\u2019encontre de ce qui avait \u00e9t\u00e9 convenu dans l\u2019accord en question. Association des moines chartreux au Kama-Sutra ou encore \u00e9vocation de ceux-ci dans le contexte d\u2019\u00e9v\u00e8nements d\u00e9cadents : le juge consid\u00e8re que ces termes ternissent ind\u00e9niablement la r\u00e9putation de l\u2019Ordre des Chartreux, ainsi que la religion chr\u00e9tienne. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Bien que ce ne soit jamais mentionn\u00e9 au cours de la d\u00e9cision, le tribunal a \u00e9valu\u00e9 les faits au travers du prisme de la morale. Le jugement t\u00e9moigne de la continuit\u00e9 du droit en ce qui concerne le respect des bonnes m\u0153urs d\u2019une population. Sans le mentionner, le juge a ici suivi l\u2019article 6 du code civil : \u00ab On ne peut d\u00e9roger, par des conventions particuli\u00e8res, aux lois qui int\u00e9ressent l\u2019ordre public et les bonnes m\u0153urs \u00bb. Le tribunal a par cons\u00e9quent consid\u00e9r\u00e9 qu\u2019utiliser, dans le monde des affaires, des termes se moquant de la religion chr\u00e9tienne, est contraire aux bonnes m\u0153urs. Il est par ailleurs fort probable que le milieu de l\u2019alcool, \u00e9tant fortement influenc\u00e9 en France par la religion catholique (h\u00e9ritage des moines, marques d\u2019alcool utilisant des noms de saints), fait l&rsquo;objet d\u2019une s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 plus grande que s\u2019il s\u2019\u00e9tait agi d\u2019un autre domaine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\">Cette application de la morale n\u2019est pas sans rappeler qu\u2019elle se fait aussi outre-Atlantique. En effet, en est la preuve la jurisprudence \u00ab Flying Dog Brewery v. Michigan \u00bb de 2015, opposant une brasserie souhaitant nommer une gamme de bi\u00e8res \u00ab Raging Bitch \u00bb et l\u2019\u00c9tat du Michigan, consid\u00e9rant que ces termes \u00e9taient contraires aux bonnes m\u0153urs.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><span class=\"rt-reading-time\" style=\"display: block;\"><span class=\"rt-label rt-prefix\">tdl<\/span> <span class=\"rt-time\">3<\/span> <span class=\"rt-label rt-postfix\">minutes<\/span><\/span> Tribunal judiciaire de Marseille, 5 septembre 2024, 22\/10782. Par Ambroise Alemany, Promotion L\u00e9on Douarche (2024-2025). Cet article est issu d&rsquo;un travail de r\u00e9daction auquel sont soumis les \u00e9tudiants du Master 2 &#8211; Droit du Vin et des Spiritueux de l\u2019Universit\u00e9&#8230; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.wine-law.org\/index.php\/compagnie-francaise-de-la-grande-chartreuse-c-le-cellier-des-chartreux-les-bonnes-moeurs-ont-elles-leur-place-en-droit-du-vin-et-des-spiritueux\/\">Lire la suite &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":28,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"sfsi_plus_gutenberg_text_before_share":"","sfsi_plus_gutenberg_show_text_before_share":"","sfsi_plus_gutenberg_icon_type":"","sfsi_plus_gutenberg_icon_alignemt":"","sfsi_plus_gutenburg_max_per_row":"","spay_email":""},"categories":[3,203,207],"tags":[215,273],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.wine-law.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4088"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.wine-law.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.wine-law.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.wine-law.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/28"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.wine-law.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4088"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/www.wine-law.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4088\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4125,"href":"https:\/\/www.wine-law.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4088\/revisions\/4125"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.wine-law.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4088"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.wine-law.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4088"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.wine-law.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4088"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}